Loi 25 : Qui est concerné ? Tout comprendre sur cette régulation importante

Quatre pour cent : ce n’est pas la marge d’erreur d’un sondage, mais bien le pourcentage du chiffre d’affaires mondial qu’une entreprise peut voir s’envoler en amendes si elle néglige la Loi 25. Aucune structure n’échappe vraiment à son radar. Pas d’employés au Québec ? Peu importe : si des données de Québécois dorment dans vos serveurs, vous êtes dans la ligne de mire. Qu’il s’agisse d’un organisme public ou privé, d’une multinationale ou d’une petite asso, la mise à niveau des pratiques de gestion des données devient un passage obligé.

Les obligations surgissent dès la première collecte d’une information. D’autres se révèlent lors d’un incident de sécurité. Cela ne veut pas dire que chaque donnée relève de la Loi 25 : certains usages, comme le traitement strictement personnel ou l’activité journalistique, restent à l’écart.

Loi 25 : une régulation clé pour la protection des données au Québec

La Loi 25 s’impose comme la nouvelle norme en matière de protection des données personnelles au Québec. Entrée en vigueur progressivement depuis 2022, elle redéfinit la gestion des renseignements personnels dans les organisations, qu’elles soient publiques ou privées. Ce cadre vise un objectif limpide : chaque acteur, peu importe sa taille, devient responsable de la manière dont il collecte, conserve et partage les informations sensibles.

La Commission d’accès à l’information du Québec pilote désormais ce dispositif, armée d’un pouvoir de sanction inédit. Les amendes prévues font réfléchir : elles peuvent atteindre 25 millions de dollars ou 4 % du chiffre d’affaires mondial. Inspirée du RGPD européen, la loi québécoise pousse le curseur sur le consentement, la portabilité des données et la désignation obligatoire d’un responsable dédié à la protection des informations.

Loi Pays ou région Principes communs
Loi 25 Québec Consentement, responsabilité, portabilité
RGPD Union européenne Consentement, transparence, portabilité
CCPA Californie Accès, suppression, notification

Désormais, la protection de la vie privée n’est plus une option ni un affichage : chaque traitement, chaque incident, chaque nouveau projet impliquant des données personnelles requiert une analyse approfondie. La portée de la Loi s’étend à toute entreprise manipulant des informations sur des résidents québécois, où qu’elle se trouve dans le monde.

Qui doit se conformer à la loi 25 ? Panorama des organisations concernées

Aucune catégorie d’organisation n’est épargnée par la loi 25. Le texte embrasse tout l’écosystème québécois et au-delà. Si votre activité touche, même indirectement, les données personnelles de personnes domiciliées au Québec, il ne s’agit plus d’une option : la conformité est requise, que votre siège soit à Montréal, Vancouver ou l’autre bout de la planète.

Voici les principaux profils concernés :

  • Entreprise privée : qu’il s’agisse de sociétés commerciales, startups, PME ou multinationales, la collecte, l’utilisation ou la transmission de renseignements sur clients, partenaires ou salariés vous concerne directement.
  • Organisation publique : ministères, municipalités, sociétés d’État. L’ensemble du secteur public doit désormais intégrer la protection des données à ses processus internes.
  • Organisme à but non lucratif : associations, fondations, fédérations sportives. Même sans but lucratif, la gestion des fichiers de membres ou de donateurs tombe sous le coup de la loi.
  • Sous-traitant : prestataires et fournisseurs qui manipulent des données pour des clients québécois. La chaîne de responsabilité s’étend à tous les partenaires impliqués dans le traitement des informations.

Cette exigence franchit les frontières. Prenons un exemple concret : Uzispace, société basée hors du Québec, propose des services à des consommateurs québécois. Même éloignée, elle doit se plier à la loi locale. La conformité devient alors une démarche complète, du recensement précis des données traitées à la vérification régulière de la conformité des partenaires externes.

Quelles obligations concrètes pour les entreprises et organismes ?

La Loi 25 impose une série d’actions précises et structurantes. Tout commence par la désignation d’un responsable de la protection des renseignements personnels. Ce poste doit être attribué à un cadre clairement identifié, qui pilotera la conformité et fera le lien avec la Commission d’accès à l’information du Québec. Ce rôle ne se limite pas à un affichage : il implique un suivi régulier, une gestion des incidents, une veille documentaire.

Le consentement explicite devient la règle d’or pour toute collecte, utilisation ou communication de renseignements personnels. La logique est claire : rien n’est fait sans un accord libre, éclairé et spécifique. Ce principe s’applique à tous : clients, employés, partenaires.

La politique de confidentialité doit être revue, actualisée et rendue accessible publiquement. Il ne suffit plus de la laisser dormir sur une page oubliée : chaque personne concernée doit pouvoir la consulter et comprendre ses droits. Les politiques de gouvernance sur les données personnelles suivent la même exigence de transparence.

Tenir un registre des incidents de confidentialité devient incontournable. Chaque brèche, chaque accès non autorisé doit être documenté. Si le risque est jugé sérieux, il faut avertir rapidement la Commission et les personnes concernées. Cette traçabilité devient le nerf de la gestion du risque.

La portabilité des données, prévue à compter de septembre 2024, bouleverse les habitudes. Les individus pourront récupérer et transférer leurs informations à d’autres acteurs. Les entreprises doivent prévoir cette souplesse technique. Quant aux données dont l’objectif de collecte n’existe plus, leur destruction ou anonymisation s’impose.

Enfin, chaque nouveau projet impliquant des renseignements personnels doit passer par une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (ÉFVP). Rien ne démarre sans ce diagnostic préalable.

Si la menace financière fait frémir, jusqu’à 25 millions de dollars ou 4 % du chiffre d’affaires mondial, la Loi 25 impose surtout un changement profond des pratiques et une intégration durable de la conformité à tous les niveaux.

Femme lisant une lettre Loi 25 à son bureau à domicile

Se préparer efficacement : les étapes essentielles pour assurer la conformité

Planifier, former, documenter : les trois piliers

Respecter la loi 25 ne relève pas d’un simple coup de baguette. Il faut structurer la démarche. Commencez par cartographier précisément les flux de données personnelles : où les informations sont-elles collectées, comment circulent-elles, qui y accède ? Cette analyse éclaire les zones de fragilité et indique les adaptations à prévoir.

La clarté doit dominer. Élaborez un programme de gouvernance détaillé, rédigez une politique de confidentialité et exposez-la publiquement. Formalisez vos procédures de gestion des incidents et les modalités de consentement. N’oubliez pas la destruction des données devenues inutiles. La formation du personnel constitue un axe majeur : des sessions régulières limitent le risque d’erreurs humaines, souvent à l’origine des fuites d’informations.

Automatiser la conformité : de l’outil à la pratique

Des outils technologiques facilitent grandement la tâche. Plateformes telles que HubSpot, OneTrust ou DPOrganizer permettent de centraliser la gestion des consentements, des registres et des demandes de portabilité. L’automatisation s’avère précieuse pour suivre le rythme imposé par la loi, surtout à l’approche de l’échéance sur la portabilité des données à l’automne 2024.

La vigilance s’étend à l’ensemble de la chaîne de sous-traitance. Chaque prestataire qui manipule des renseignements personnels doit être passé au crible : clauses contractuelles spécifiques, contrôles réguliers, audits. La conformité ne se limite pas aux murs de l’entreprise, elle se construit dans un dialogue constant avec tous les partenaires.

La Loi 25 ne laisse place ni à l’improvisation, ni à l’à-peu-près. Pour beaucoup d’organisations, elle marque un tournant, un passage vers une nouvelle culture de la donnée, où chaque information mérite d’être protégée comme si elle était précieuse, car elle l’est.

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